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Club de lecture – Lundi 12 octobre 2020 de 14h à 15h30

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Club de lecture

Lundi 12 octobre de 14h à 15h30

 
À l’initiative d’une de nos lectrices, un club de lecture adultes s’est formé à la Bibliothèque.

 
Il se réunit tous les mois, pour échanger pistes, idées de titres, coups de cœur, lectures d’extraits…

 

Compte-rendu du club de lecture du 14 septembre 2020

Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud. Un homme, tel un spectre, soliloque dans un bar. Il est le frère de l’Arabe tué par Meursault dans L’Étranger, le fameux roman d’Albert Camus. Il entend relater sa propre version des faits, raconter l’envers du décor, rendre son nom à son frère et donner chair à cette figure niée de la littérature : « l’Arabe ». Kamel Daoud entraîne ici le lecteur dans une mise en abîme virtuose. Il brouille les pistes, crée des effets de miroir, convoque prophètes et récits des origines, confond délibérément Meursault et Camus. Suprême audace : par endroits, il détourne subtilement des passages de L’Étranger, comme si la falsification du texte originel était la réparation ultime. (Martine)

Dans L’entreprise des Indes, Erik Orsenna nous décrit une ambiance : celle de Lisbonne au XVème siècle, le siècle des découvertes. Le narrateur, Bartoloméo, est le frère de Christophe Colomb, géographe et cartographe : il aime la mer et écrit petit. Erik Orsenna narre par le menu les préparatifs de l’entreprise dans le monde des cartographes. Bartoloméo va nous parler de sa vision des choses, de sa participation à l’établissement du rêve de son frère. On découvre aussi Lisbonne, la vie des cartographes associée à celle des marins. On découvre que les cartes réelles sont dissimulées et que seules sont visibles les fausses destinées à tromper la concurrence. On découvre également toute une industrie autour des voyages maritimes de l’époque comme celle mise en place par un notaire de la ville, qui consiste à fabriquer des veuves avec les épouses sans nouvelles de leurs marins de maris à fin de remariage, et mille autres anecdotes. Et aussi les horreurs faites à ces peuples, au nom de la découverte, au nom du roi, au nom de l’avidité des hommes et du désir de puissance et de renommée. Le jour où Christophe Colomb appareillera, la chasse aux juifs se déclenchera dans Lisbonne la catholique. La plume d’Erik Orsenna enchante par sa façon de narrer l’envers d’un décor, les chemins détournés et toutes ces choses qui font malgré tout partie de l’histoire. (Odette)

Vu de l’extérieur de Katherine Pancol. Vu de l’extérieur, Doudou est une femme comblée : un mari aimant, deux enfants et un joli pavillon. Pourtant, Doudou est la chose. La chose de sa mère, la chose de son cousin, puis la chose de son mari. Seulement voilà, un jour, elle va se rebeller, quitter son mari et ses enfants pour prendre la route, la route de sa reconstruction. La traversée du désert va être rude, son combat éreintant puisque personne ne le comprend et elle va nous livrer les clés petit à petit. A chaque chapitre, on découvre le point de vue de chaque personnage: Doudou, la mamie de Doudou, Christian, André le mari, Guillaume l’amant, Anita l’amie de Doudou. Un roman qui parle de solitude, très agréable à lire. Ecrit sur un ton léger. Humour et tendresse. (Edith)

Anne-Françoise nous parle de Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès Lorsque le correspondant de presse Eléazard von Wogau reçoit la biographie inédite d’Athanase Kircher, célèbre savant jésuite de l’époque baroque, il se lance sur ses traces, entraînant avec lui maints personnages aussi surprenants qu’extravagants. Véritable épopée, grand roman d’aventures, fresque étrange et flamboyante, où de minuscules intrigues se répondent et tissent une histoire du Brésil à l’aube du XXIe siècle. Fiction et réalité se côtoient dans un style baroque et riche.

Rentrée littéraire de Franck Bouysse, Buveurs de vent. On se rappelle Né d’aucune femme… Dans la vallée du Gour Noir (massif central), la famille Volny, trois frères et une sœur, et ses habitants travaillent à la centrale électrique pour Joyce. Un lien profond et secret unit cette famille. Écriture et description remarquables de la nature, très dur dans le contenu des relations, souvent troublantes ; insoumission face à Joyce, propriétaire puissant des carrières et du barrage de la vallée. À lire, nous dit Geneviève.

La revanche de la Nature de Aymeric Caron. La crise sanitaire dans sa phase critique est pour l’essentiel derrière nous. La crise économique devrait être enrayée, grâce à des aides massives aux entreprises. Le risque serait de passer à côté du plus important : la crise écologique sans précédent que rappelle cet épisode, et l’urgence absolue à y répondre, avant qu’une catastrophe bien plus grave ne s’abatte. Car cette épidémie a vu le jour en raison de notre manière de (mal)traiter les animaux que l’on mange et de détruire leurs écosystèmes. Les origines des précédentes pandémies étaient similaires. C’est pourquoi on peut parler de revanche de la nature. Et si nous n’écoutons pas maintenant ce nouvel avertissement, nous n’écouterons jamais. Au-delà, c’est la façon dont nous usons et abusons des ressources de notre planète qui devient insupportable. Aymeric Caron met en évidence les carences du monde politique et l’accumulation des bêtises engendrées par des décisions précipitées et contradictoires. Un livre écrit comme un journal, 27 récits qui interpellent et invitent à la réflexion. (Gérard)

Karine Giebel, Juste une ombre. Tu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde. Tu manipules ? Tu deviendras une proie. Tu domines ? Tu deviendras une esclave. Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place. Et puis un jour… Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi. À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche. Juste une ombre. Mais qui êtes-vous donc Madame Giebel, pour nous offrir des écrits aussi savamment pensés, et grâce à votre plume infernale, entraîner le lecteur dans les méandres d’un roman, le happer, l’aspirer, l’engloutir, annihiler chez lui toute volonté de sortir du livre, pour lui communiquer cette peur comme si lui-même devenait le héros à la place de Cloé ?

Sœur, Quentin Abel. Lorsque la haine de soi nourrit la haine des autres, les plus chétives existences peuvent déchaîner une violence insoupçonnée. Commentaire de Gérard : Très bien écrit ! Trop bien aussi, quand le style prend le pas sur le récit ! J’ai bien aimé le début, dégusté un style très recherché, mais j’ai assez vite eu l’impression que l’écrivain cherchait d’abord à mettre son style en évidence. Comme s’il cherchait à obtenir un prix. Et finalement le récit n’était qu’un prétexte. J’ai fini par m’ennuyer, lisant en diagonale les longues phrases tarabiscotées pour ne retenir que le cheminement de cette fille en révolte avec tous et surtout elle-même.

Dans son neuvième livre intitulé Nickel Boys, l’écrivain américain Colson Whitehead replonge dans le début des années 1960, une période marquée par la lutte contre la ségrégation raciale et par les premiers balbutiements du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Inspiré de vrais faits et de sa propre recherche sur le thème, l’auteur nous amène dans la Nickel Academy, un établissement correctionnel pour les jeunes délinquants en Floride. Bien que cette maison se présente comme « un lieu bienveillant destiné aux enfants rebelles afin de leur éviter la prison », elle pratique en secret le travail forcé et inflige d’horribles punitions dans la soi-disant White House. Le personnage principal, le jeune garçon noir Elwood Curtis qui a grandi en lisant les discours de Martin Luther King, se fait envoyer à la Nickel Academy où il rencontre Turner, un garçon noir qui a une personnalité très différente de celle d’Elwood et qui perçoit la réalité quotidienne tout-à-fait autrement. Même s’ils s’opposent quant à la meilleure façon de survivre et de quitter cette école infernale, ce qui est leur but commun, Elwood et Turner deviennent vite amis et alliés précieux. Avec son style simple et son talent extraordinaire de raconter, Colson Whitehead a réussi à produire un roman puissant qui nous bouleverse sans être sentimental ou pathétique et qui, surtout, nous fait réfléchir. Une lecture nécessaire dans le contexte actuel. (Eva)

Prochains rendez-vous : 12 octobre, 9 novembre, 14 décembre, 11 janvier.

A bientôt,
Bonnes lectures !

Anne-Françoise et Edith

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