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Club de lecture – Lundi 14 décembre 2020

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Club de lecture

Lundi 14 décembre

 

À l’initiative d’une de nos lectrices, un club de lecture adultes s’est formé à la Bibliothèque.

Il se réunit tous les mois, pour échanger pistes, idées de titres, coups de cœur, lectures d’extraits…

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Compte-rendu du club de lecture du 9 novembre 2020

Geneviève : Nature humaine – Serge Joncour
La famille Fabrier vit aux Bertranges, dans le Lot, depuis quatre générations. Alexandre reprend la ferme de ses parents où il élève ses bêtes en plein air. Ses trois sœurs parties vivre à la ville, le patrimoine familial repose sur ses épaules. La nature y est majestueuse et sa vie paysanne lui paraît immuable. Il rencontre Constanze, allemande et militante antinucléaire. Pour elle, Alexandre fraye avec des activistes violents intéressés par ses stocks d’engrais… Le roman s’inscrit sur trente ans de progrès, de luttes pour la productivité, de vie politique et de catastrophes qui marquent la fin du XXe siècle. En lisant, le causse du Larzac, Rougier de Camarès dans le sud de l’Aveyron m’ont interpellée.

Odette : Mille petits rien – Jodi Picoult
Ruth, infirmière noire à la maternité, prend son service. Le couple Brittany-Turk vient d’avoir un bébé. Ruth est chargée de l’examiner, la routine après une naissance. Peu de temps après, le bébé meurt dans son sommeil. La douleur des parents est immense, il doit y avoir eu erreur médicale ! Brittany et Turk, suprémacistes blancs, accusent Ruth. Celle-ci est défendue par Kennedy, jeune avocate blanche. Kennedy a fait le choix par idéalisme, d’être avocate à la défense publique et voit ici l’occasion de défendre sa première grande affaire. La procureure chargée de l’accusation est noire, et très expérimentée. Tous disent faire leur travail indépendamment de leur couleur de peau et s’emploient à le démontrer. L’auteure amène les personnages à percer ce faux semblant inconscient. À travers un procès et par l’intermédiaire d’un roman, l’auteure nous parle de racisme. Le sujet abordé fait éclater les préjugés et n’hésite pas à nous montrer une image la plus complète possible des suprémacistes blancs, des blancs « dits » non racistes , des personnes de couleur soit disant (?) « intégrées » dans la société américaine et de celles qui ne le sont pas, ou ne le veulent pas ? Subtilité et délicatesse caractérisent ce roman qui pourtant parle de violence, du racisme actuel, de l’après Ku Klux Klan.

Voici ce que l’auteure écrit sur son livre : « Mon objectif n’était pas de raconter le quotidien des personnes de couleur pour que celles-ci s’y retrouvent, non. Je voulais écrire cette histoire à l’attention de ma propre communauté – les Blancs – qui, si elle sait très bien montrer du doigt un skinhead néonazi en le traitant de raciste, éprouve davantage de difficultés à discerner les pensées racistes qu’elle porte en elle. »

Jeannie : Les ambassadeurs et L’âge difficile – Henry James
Henry James est un écrivain américain naturalisé anglais vers la fin de sa vie. Il écrit à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Américain mais élevé en Europe (Suisse, France, Angleterre, Italie) son thème principal d’écriture sera le thème de la confrontation entre la jeune Amérique du Nord et l’Europe. Dans ses premiers romans, par exemple L’Américain ou Daisy Miller son héros est souvent un(e) jeune Américain(e) présentée comme ouvert(e), énergique, moral(e), mais souvent naïf et péremptoire, face à une civilisation européenne raffinée, cultivée mais aussi corrompue et familière de jeux de puissance permettant de classer et d’exclure. Tout en gardant comme thème fondateur la confrontation de l’innocence avec les forces du conformisme social, la puissance de l’argent et les abus de pouvoir en général, les deux livres que je présente montrent une évolution.

Les Ambassadeurs, publié en 1903 et considéré comme une de ses œuvres majeures raconte l’histoire d’un Américain envoyé comme ambassadeur à Paris par une veuve (à laquelle il est plus ou moins fiancé). Cette riche veuve veut récupérer son fils Chad qui se serait égaré dans les mains d’une mauvaise femme. Notre héros ambassadeur va en fait être surpris par Chad qui se révèle un homme amélioré, transformé par sa vie parisienne et par l’amour qu’il y a trouvé. Dès lors, il se range du côté de Chad et se retire de son ambassade car il se rend compte en voyant la vie de Chad qu’il a raté sa vie. Ce petit dialogue avec Chad en témoigne : « Il est encore temps pour vous, vivez de toutes vos forces, le contraire est une faute. Peu importe ce que vous faites, du moment que vous avez la vie que vous voulez. Sinon, qu’aurez-vous ? … Ne laissez pas passer ce moment par stupidité. Faites ce qui vous plaît du moment que vous ne commettez pas la même erreur que moi. Vivez ! » La veuve rompt donc avec son premier ambassadeur et envoie une seconde ambassade composée de sa fille et de son gendre. Cette seconde ambassade racontée avec pas mal d’humour sera tout aussi infructueuse. L’intérêt du livre est dans la confrontation entre les américains et les européens, l’évolution du personnage principal qui se rend compte qu’il a raté sa vie ou du moins une partie de sa vie car il rentrera chez lui moins conformiste et plus ouvert à la vie. Tout est dans le détail, l’impression, les conversations. Rien n’est complètement figé, mais il y a dans tous les personnages de l’ambiguïté et de l’ambivalence.

L’âge difficile publié en 1899 est centré sur le personnage de Nanda, jeune fille de 18 ans lancée dans la haute société londonienne en vue de faire un riche mariage. Nanda se retrouve notamment confrontée au cercle cynique et immoral que constitue le salon londonien de sa mère (qui la jalouse car un de ses amis/amants Gustavus semble vouloir séduire Nanda qui est aussi troublée par Gustavus). Plusieurs personnages gravitent autour de Nanda dont M. Langton, un homme plus âgé à l’écart du cercle des ambitieux et qui veut la préserver des manœuvres de sa mère. Léger et ironique dans la forme (beaucoup de dialogues) il analyse les personnages avec beaucoup de finesse. La critique sociale et les mécanismes de pouvoir et d’oppression sur les jeunes filles à marier sont magnifiquement rendus.

Cécile : Yoga – Emmanuel Carrère
E.C. nous invite toujours dans ses livres à partager sa vie, ses découvertes, ses hauts, ses bas, ses amours etc. Le tout écrit dans une langue fluide et très agréable à lire. Il avait l’intention de faire un petit livre gai et tranquille sur le yoga et la méditation qu’il pratique depuis longtemps et qui lui ont beaucoup apporté. Mais quelque chose va lui tomber dessus et le petit livre tranquille va se transformer en un témoignage plus du tout tranquille sur une crise extrêmement grave de dépression mélancolique (nous apprenons là qu’il souffre de bipolarité) qu’il a vécue. Son traitement, sa relation avec les soignants, sa personne devenue méconnaissable pour lui-même, une longue période pendant laquelle il perd tous ses repères et, une fois sorti de l’hôpital, sa recherche d’un nouvel équilibre emplissent ces pages d’émotion, d’humour, de questionnements et on vit tout cela avec lui.

Anne-Françoise : Piège nuptial – Douglas Kennedy
Piège nuptial, ou ce qui a manqué à Nick, journaliste américain en virée dans le bush australien. Quelques règles élémentaires de survie : ne jamais conduire en pleine nuit sur une route déserte : un kangourou se ferait une joie de défoncer votre pare-chocs ; ne jamais céder aux charmes d’une autostoppeuse du cru ; et ne jamais se laisser droguer, enlever et épouser par ladite autochtone à son insu. Dans son village, en effet, le divorce n’est pas autorisé. Mais le nombre de veuves y est impressionnant… « Mené à un train d’enfer en direct du Styx, le récit ferait dresser les cheveux sur la tête d’un chauve, tant est piquant le suspense ! » (Figaro magazine) Pour info : dans la mythologie grecque, Styx est une Océanide, fille aînée d’Océan et de Téthys, ou une déesse, fille d’Érèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit) selon d’autres traditions. Elle personnifie le Styx, l’un des fleuves et points de passage des Enfers.

Edith : Comment rester serein quand tout s’effondre – Fabrice Midal
La terre tremble nous annonce-t-il d’emblée. La sérénité, ce n’est pas nier que la terre tremble et rester dans sa bulle mais faire face au fait que la terre tremble en essayant de prendre de la hauteur pour ne pas être plombé. La question, c’est : comment on y arrive ? comment on traverse les crises ? Il est bon de se rappeler que chaque génération a traversé ses propres crises. Il s’agit d’abandonner l’idée que la sérénité, c’est positiver quoi qu’il arrive. « Dans une crise, la pire chose qu’on peut faire, c’est faire ce qu’on connaît déjà » disait Hannah Arendt. Il faut inventer de nouveaux chemins. Et cela n’est pas facile quand on sent qu’on perd pied. Il s’agit ici d’accueillir nos émotions. On nous a beaucoup inculqué ces dernières années « soyez positifs, soyez heureux, soyez zen » qui est un modèle statique, il faudrait réussir à entendre un modèle dynamique, une sérénité qui nous met en mouvement et qui accepte que parfois on a l’impression qu’on ne va pas y arriver, et en reconnaissant qu’on n’y arrive pas, on trouve de nouveaux chemins. La colère est un moment nécessaire car cela implique que l’on repense les choses à neuf. On a du mal avec le rapport au négatif. On a l’impression que le conflit est un échec, que l’échec est une catastrophe. Or la vie fait qu’il y a des moments négatifs, des moments d’échecs. C’est cela que j’appelle le mouvement dynamique. Le négatif ce n’est pas mal, il permet d’inventer de nouveaux possibles. Écriture fluide, beaucoup d’exemples, encore en cours de lecture mais j’aime.

Gérard : Tais-toi – Anne Gruwez
Si je vous dis : « Ni juge, ni soumise », je devine que vous allez sourire. C’est le premier long-métrage StripTease, émission culte de la télévision belge. Il a été produit en 2017 et réalisé par Jean Libon et Yves Hinant. Il présente la juge Anne Gruwez au cours d’enquêtes criminelles, d’auditions, de visites de scènes de crime. Ce n’est pas du cinéma, c’est pire. J’ai beaucoup aimé le film. Anne Gruwez vient de sortir un livre : « Tais-toi ! ». J’imaginais déjà avec plaisir, retrouver la truculente juge aussi drôle que sérieuse et humaine. Son quotidien la place devant une multitude de problèmes humains, sociaux, administratifs, … Chacun sait dans quel état de déliquescence se trouve la Justice belge aujourd’hui ! Son livre : elle écrit comme elle parle ! C’est fluide mais ce n’est pas une belle écriture. C’est un recueil d’infos diverses traitées dans un certain désordre. Ce n’est ni un roman, ni un essai, ni … C’est plutôt un témoignage, criant de vérité, d’horreurs humaines, d’absurdité du système, … C’est parfois drôle, parfois cru. J’étais finalement plutôt déçu. Je m’attendais à mieux de sa part.

Une découverte : le Podcast ! Voilà un mode d’expression qui avait disparu et qui revient très à la mode. J’en ai découvert de très nombreux sur Auvio (RTBF) mais aussi sur France-Inter, à l’ULB, et il y en a de milliers d’autres. J’en ai téléchargé de nombreux que j’ai placés sur une clé USB pour pouvoir les écouter dans la voiture au cours des trajets. A part conduire, on a quand même rien d’autre à faire et c’était un régal de les écouter. C’est d’autant plus vrai que certains sont très bien rédigés et très bien interprétés par des acteurs professionnels. Je vous recommande par exemple la série Noir Jaune Rouge. Il y a deux saisons. Ce sont des séquences indépendantes les unes des autres dont chacune dure une vingtaine de minutes. Remarquable ! J’ai adoré et je vous le recommande chaleureusement. Je peux vous en envoyer une série si vous n’arrivez pas à la télécharger.

Prochaine rencontre le lundi 14 décembre 2020 devant la bibliothèque. Si on ne peut pas entrer, on reconduit la formule promenade au parc du Cinquantenaire (Si le temps le permet).

A bientôt,
Bonnes lectures !

Anne-Françoise et Edith

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