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A découvrir en section jeunesse, dès 9 ans

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Achime : le mot mystère / Catarina Sobral ; trad. du portugais par Joana Cabral – Hélium, 2013

De la 1ère de couverture où l’on découvre le recto des étagères d’une bibliothèque, à la 4ème de couverture où en en voit le verso, en passant par les chariots de livres des pages de garde, nous voilà entraînés dans une rocambolesque aventure archéologique : la découverte d’un mot mystérieux. Chercheurs et linguistes burlesques, aux moustaches dignes d’Howard Carter, se perdent dans l’impénétrable Histoire de la Langue. La population de ce monde quelque peu désuet, où chacun lit la presse et se balade avec son téléphone à cadran, se passionne pour l’aventure linguistique. Elle suit la mode, feint la connaissance. Mais c’est d’abord madame Bérangère, 137 ans, qui renseigne les chercheurs : rien n’a d’égal que la sagesse populaire, la langue est affaire de tous. L’humour naît du sérieux des personnages. Nous voilà pris au jeu, occupés à détricoter la grammaire, à la (re)découvrir avec amusement.  En mélangeant les techniques (crayons, pastels, découpages et collages) avec beaucoup de spontanéité, Catarina Sobral invente une cité pleine de vie. Entre équilibre et déséquilibre, dans des perspectives aplaties, nous découvrons usines, bureaux et appartements mais aussi de petites places, des arbres, des jardins et des antiquaires. L’atmosphère est dynamique et chaleureuse. On y retrouve une attachante galerie de portraits. Catarina Sobral nous démontre que la linguistique peut être source de créativité et que la grammaire peut devenir un grand jeu plein de drôlerie pour celui qui aime les mots.

Vanessa Léva

 

Le cadeau qui ne se donne pas / Eva Almassy – l’école des loisirs, 2013 – (neuf)

Eva Almassy (1955), hongroise d’origine, vit en France depuis l’âge de 22 ans. Elle écrit en français depuis 1997 et a coutume de dire La France m’a offert l’asile politique, je lui ai pris sa langue.*  Auteur de cinq livres pour la jeunesse, elle écrit des romans pour adultes, des nouvelles et des pièces radiophoniques. Interprète et traductrice (Les contes de l’armoire et Les contes du magasin de sa compatriote Aliz Mosonyi, 2006), elle a travaillé pour la presse et participe à l’émission Les papous dans la tête sur France culture depuis 2006.

Les quatre histoires qui composent ce court recueil ont été écrites à partir de contes populaires originaires de son pays natal. Contes de sagesse ou contes merveilleux, ils sont ancrés dans la réalité hongroise : lieux géographiques (Buda, Danube), personnages historiques (Matthias  Corvin Ier dit le Juste (1443-1490), commémoré pour sa justice et sa grande sagesse, et que l’on rencontre dans  d’innombrables histoires et chansons des folklores hongrois et roumain), gastronomie (pain aux noix) ou encore expressions typiques (De foire aux chien à Buda, il n’y en aura eu qu’une seule fois). Les contes étant sans frontières, le lecteur se prend parfois à sourire en reconnaissant certaines histoires. Ainsi, le premier récit qui donne son titre au recueil, est une version moins connue du conte des frères Grimm L’intelligente fille de paysan. Ou encore Les sept questions au dragon, qui raconte une savoureuse variante masculine de La princesse au petit pois de Hans Christian Andersen. Mais comme le dit si bien l’auteur en s’adressant aux jeunes lecteurs, Sachez que les légendes vivent et se font raconter comme bon leur semble.

Au gré de la lecture, on rencontre divers personnages classiques : deux rois bien conseillés, une jeune fille astucieuse, une princesse amoureuse, deux paysans très différents, un archer trop crédule, un étudiant chanceux ; on croise le Diable en personne, qui se révèle pas si malin que ça ou encore, un dragon à sept têtes amateur de devinettes, un rossignol facétieux, un pain aux noix magiques… Il y est question d’énigmes et de présages, de vœux exaucés et de dettes à rembourser, de générosité et de cupidité, d’astuce féminine et de jalousie masculine, d’usurpation d’identité et de ruse…

Et puis il y a l’écriture et la belle langue d’Eva Almassy, au style maîtrisé, vivant et spontané, empreint de légèreté et d’humour, rythmé par une tension narrative entrecoupée de savoureux dialogues. Un seul regret : quel dommage de ne pouvoir entendre une version orale de ces contes, avec la voix d’Eva Almassy, teintée de ce délicieux accent venu d’Europe centrale !

 * Eva.Almassy.free.fr

Catherine Hennebert

 

L’épave du Zéphyr / Chris Van Allsburg ; trad. de l’américain par Isabelle Reinharez – l’école des loisirs, 2013 (lutin poche)

Naviguer dans les airs en bateau volant, quel rêve pour un enfant ! Un rêve qui devient réalité dans cette histoire extraordinaire vécue par un garçon ordinaire. Comment ne pas se laisser envoûter par l’étrange récit de cet esquif échoué au sommet d’une falaise ? Le vieux marin  rencontré par le narrateur donne d’abord une explication plausible à ce fait étonnant, avant d’en proposer une autre, plus surprenante, et peut-être, plus séduisante. Une fois encore, l’auteur-illustrateur américain Chris Van Allsburg s’amuse à brouiller les pistes dans une aventure fantastique ancrée dans la vie réelle. On suit avec étonnement et ravissement le voyage du jeune héros, navigateur hors pair, dont la vanité et l’orgueilleuse ambition brisent le rêve un instant approché. On retrouve bien la patte de l’artiste : histoire cyclique, impression de rêve éveillé, fin ouverte. Tout l’art de Van Allsburg consiste à distiller le doute dans l’esprit du lecteur, à l’obliger à réfléchir, et même à travailler, comme devant un puzzle ou une énigme. Mes histoires ne sont pas celles où tout est dit et où, à la fin, tout s’éclaircit gentiment.*

Pour son 4e album, paru dans sa traduction française en 1984 à l’école des loisirs (et réédité cette année au format poche), le plus connu des représentants de l’école de Rhode Island, oublie le noir et blanc, sa technique de prédilection, pour faire sa première incursion dans la couleur, mieux adaptée aux paysages extérieurs. Si le jeune narrateur est bien le personnage principal du texte, les illustrations racontent la légende du point de vue du bateau, lui offrant tout l’espace de la page, les personnages étant seulement visibles de dos, de profil ou de loin. Les peintures au pastel d’une grande finesse artistique, directement inspirées des tableaux d’Edward Hopper, participent pleinement à l’ambiance d’étrangeté qui se dégage de l’album et en renforcent l’intensité dramatique : paysages aux étonnantes couleurs jaune-verdâtre, nuit bleutée, mer satinée, fascinants jeux d’ombres et de lumières… Enfin, l’illustrateur ne dédaigne pas l’auto-référence. En témoignent par exemple, l’apparition du petit chien bull-terrier, Fritz, présent dans tous ses albums, ou encore l’image du bateau que l’on retrouvera dans un tableau accroché au mur de la chambre d’un enfant endormi dans Les mystères de Harris Burdick (1985, pour l’édition française).

N.B. : Chris Van Allsburg a été récompensé à deux reprises par la Caldecott Medal pour Junanji en 1982 et Boréal-express en 1985.

*Citation, www.ecoledesloisirs.fr

Catherine Hennebert

 

Mauvais garçon / Michaël Morpurgo ; ill. par Michaël Forman ; trad. De l’anglais par Diane Ménard – Gallimard jeunesse, 2010

J’ai eu de nombreux rôles (et porté plusieurs casquettes) dans ma vie (…). Chacun d’entre eux a trouvé une voie dans mes histoires.*

Michaël Morpurgo, auteur intuitif, s’identifie à chacun de ses personnages. C’est probablement ainsi qu’il parvient à donner tant d’humanité aux protagonistes qu’il anime. Ce réalisme instinctif est renforcé par la justesse de la description des contextes historiques dans lesquels ses personnages sont immergés. Son engagement aux côtés de son épouse dans la fondation Farmes for Children, dont le but est d’offrir une semaine à la ferme aux jeunes des villes, est pour lui une source d’inspiration. Son œuvre est constamment guidée par l’observation attentive du monde de l’enfance. La rencontre d’un animal complice, souvent un cheval, est un  de ses thèmes de prédilection.

Michaël Morpurgo milite pour la lecture-plaisir. Il est convaincu de la portée salvatrice des livres. Petit enfant, il s’est éloigné un temps de la lecture dont il a vécu l’apprentissage comme laborieux : quelle aurait été sa destinée si sa mère n’avait engagé toute sa passion d’actrice pour lui raconter des histoires, s’il n’était pas né dans une famille lettrée? En faisant correspondre sa date de naissance à celle du narrateur, on imagine que c’est la question qu’il s’est posée. A travers ses échecs scolaires et l’image que lui renvoient ses enseignants, le héros se définit comme mauvais garçon. Il ne fait dès lors que les mauvais choix, se comporte tel que la société le perçoit. Cependant, des rencontres positives et la découverte d’une passion vont lui permettre de se reconstruire. Car si Michaël Morpurgo impose à son personnage une série d’épreuves romanesques, il n’oublie jamais de laisser une place à la liberté et à la rédemption à travers une fin optimiste. Le réalisme du récit est soutenu par une écriture précise et efficace.

La traduction de Diane Ménard rend bien la justesse des  dialogues. La langue dans laquelle s’expriment les personnages dénote leur personnalité, leur âge ou de leur statut social. Les aquarelles sensibles de Michaël Forman, complice de l’auteur, s’associent parfaitement à l’aventure. Un dossier illustré de photos ravira les lecteurs curieux, désireux de comprendre d’avantage les origines du roman.

* In : La revue des livres pour enfants, n°250, décembre 2009, p.89

Vanessa Léva

Les monstres de là-bas / Hubert Ben Kemoun – Thierry Magnier, 2012 (Petite Poche)

Hubert Ben Kemoun se prête une nouvelle fois avec talent à l’exercice du récit court dans la collection Petite poche, chez Thierry Magnier. L’humour et le suspense, servis par une écriture précise et rythmée, accrocheront tous les lecteurs. En quelques lignes, l’auteur plante son décor : on visualise le bateau, on partage l’excitation d’un premier voyage, l’envol des mouettes, le San Martin, le bastingage et les embruns. On perçoit immédiatement que la rencontre sera un peu décalée : des extraterrestres nous saluent en couverture, les noms des villes n’existent pas chez nous, la correspondante de Nelson, Fubalys, porte un nom plus qu’étrange… Pourtant, la traversée entre Meckneb, nom aux sonorités arabes, et Brick-City, nom froid et urbain, n’évoque-t-elle pas des récits de vie crédibles, une réalité plus tangible ?

On s’inquiète rapidement pour le petit héros à qui on s’identifie. Le narrateur extérieur nous place de son point de vue. Pour rejoindre Fubalys, Nelson doit franchir un grand estuaire : pour quelle raison cette distance est-elle une telle plongée dans l’inconnu ? Les habitants des deux villes semblent ne jamais se côtoyer, au point d’ignorer les étranges particularités physiques de leurs voisins. A l’arrivée, Brick City ressemble à Meckneb mais des intrusions surnaturelles sont source d’angoisse et font basculer la rencontre des deux correspondants dans le récit fantastique.  C’est ainsi qu’on ne peut qu’encourager la fuite rapide de Nelson devant ce monde devenu oppressant. Jusqu’au dernier paragraphe qui l’éloigne brutalement de nous et nous pousse, tout en riant de notre propre méprise, au questionnement : qu’est-ce que la normalité ? Ne sommes-nous pas toujours l’étranger de quelqu’un ?

Vanessa Léva

 

Les sept pères / raconté par Ashley Ramsden ; ill. par Ed Young ; adaptation de l’américain par Catherine Bonhomme – Le Genévrier, 2012 – (Est-Ouest)

Quel plaisir de se laisser surprendre par cet étrange conte norvégien, qui emporte le lecteur en plein cœur du réalisme magique scandinave ! On est à la fois dérouté et séduit par l’atmosphère mystérieuse et symbolique qui imprègne l’histoire. Dès 1998, l’anglais Ashley Ramsden, conteur internationalement reconnu, avait choisi d’adapter ce conte collecté au 19e siècle par les grands folkloristes norvégiens Christen Asbjornsen et Jorgen Moe. Treize ans plus tard, grâce à l’engouement de l’illustrateur sino-américain Ed Young (lauréat de la Caldecott Medal pour Lon Po Po, en 1990), et à l’enthousiasme de l’éditeur Neal Porter (Roaring Brook Press), il publie aux Etats-Unis son premier album pour enfants, The seven fathers. Un conte initiatique soutenu par une langue magnifique, qui invite chacun à se laisser porter et surprendre par l’histoire. En accompagnant le voyageur épuisé, depuis la tempête hivernale jusqu’à la chaleur de la maison, le lecteur suit son parcours en sept étapes, passant avec lui de la nuit glaciale à la chaude atmosphère du foyer, de l’obscurité à la lumière, de la faim à la satiété, de l’inquiétude à l’apaisement. Le lent cheminement, véritable remontée dans le temps, devient une quête spirituelle, au bout de laquelle le pèlerin trouve la réponse à sa question et bien davantage encore. Patience, persévérance et ténacité sont ici récompensées. Une histoire d’apprentissage aux résonances profondes, qui parle de transmission, d’identité, du cycle de la vie, de la recherche du bonheur et de la paix intérieure. La langue simple, rythmée, répétitive, le choix des mots, les répliques familières, l’humour bien présent, la chute une brin énigmatique et malicieuse, participent pleinement au suspense et à l’émerveillement. L’adaptation qu’en propose la traductrice Catherine Bonhomme est simple, enlevée et nuancée.

Texte et image riches de métaphores sont parfaitement complémentaires, se répondant en un dialogue saisissant. Les auteurs parviennent vraiment à faire ressentir le froid de l’hiver, la chaleur du feu ou l’odeur du ragoût en train de mijoter, tout en rendant perceptibles les différentes émotions qui envahissent les personnages.

L’illustrateur Ed Young (plus de 80 titres à son actif !) innove une fois de plus, adaptant sa technique, réussissant à rendre l’essence même du récit avec sobriété et audace graphique. Il opte pour une technique mixte, mêlant habilement matériaux naturels (fourrures, peaux, laine, bois craie), papier kraft pour les fonds, collages de papiers découpés et de photos, pastels aux tonalités chaudes, ligne épaisse au fusain pour les contours des personnages.

Un album que l’on prend plaisir à lire à voix haute et à partager avec les plus jeunes, en faisant confiance en la capacité des enfants à comprendre des pensées et des sentiments beaucoup plus subtils et profonds que nous ne l’imaginons (Ed Young).

N.B. : En 1966, le norvégien Ivo Caprino a réalisé un court métrage d’animation, Den Syvende loin i huset (The seventh Master of the house), ajoutant à l’aspect mythique du conte une satire de la bureaucratie ordinaire.

Catherine Hennebert

 

Notre télé / François Aubin – l’école des loisirs, 2013

En couverture, une télévision sur pattes, jaune vif, se dirige résolument vers une porte entrouverte derrière laquelle se cache un petit garçon au regard étonné. Ouvrant le livre, le lecteur est happé par cette même couleur jaune criard qui envahit l’entièreté des pages de garde, comme un prémisse à l’incroyable aventure qui va suivre. L’arrivée d’un étrange poste de télé dans une petite maison cernée de hauts immeubles va bouleverser le quotidien d’une famille ordinaire.

L’auteur-illustrateur français François Aubin (1969) avait déjà abordé de manière critique et humoristique le thème de la télévision invasive et dévorante dans un précédent album, Foot (paru en 2006 chez le même éditeur). Ici l’écran est le personnage principal de l’intrigue. D’abord simple objet familier, il  devient animal domestique avant de se transformer en monstre omnivore, avalant sans distinction objets, paysages, animaux, personnes. La famille un instant ravie par la présence de l’appareil, va vite déchanter et se mettre en quête du meilleur moyen pour se débarrasser de l’intrus vorace. La mère, dubitative dès le début, bientôt suivie par sa fille, est la première à réagir à la menace et à se rebeller contre une situation de plus en plus absurde. En l’occurrence, il s’agit de se débarrasser d’un dangereux  prédateur qui menace la cellule familiale mentalement, intellectuellement et physiquement !

Entre album et bande dessinée, le récit oscille entre la comédie et le film d’horreur et peut être envisagé comme une première approche du roman d’anticipation.

Un texte au vocabulaire étudié, jouant avec les expressions, une narration à la première personne, des phylactères aux dialogues qui font mouche, des illustrations inventives, une gamme de couleurs vives et douces volontairement contrastées, proches du pop art, une mise en page dynamique, une fin en forme de mise en abyme… tout concourt à faire de l’album une œuvre cohérente et réussie. Un livre emballant et jouissif sur le pouvoir chronophage du petit écran. Laissons le mot de la fin à l’auteur : L’important avec la télé, c’est de savoir la dresser ! (www.lacauselitteraire.fr)

Catherine Hennebert

 

 

Le soulier noir / Françoise Legendre ; ill. de Jean-François Martin – Thierry Magnier, 2012

Le soulier noir se détache, luisant comme du cuir, sur le dallage géométrique et mat de la couverture. Le graphisme rétro du titre évoque une autre époque. Déjà transportés dans les années ’30, nous découvrons alors le texte sensible et pudique de Françoise Legendre. Elle retrace la destinée dramatique d’une famille aux prémices de la Shoah mais n’utilise jamais les mots juifs, déportation, nazisme : elle fait confiance à la curiosité et à l’intelligence du lecteur.

En débutant in media res, le focus se fait immédiatement sur la paire de chaussures de Simon et le temps nécessaire pour en nouer les lacets. Suivre cette tragédie par le biais d’un objet réel (d’emblée, le lecteur apprend que le soulier se trouve au Mémorial de Caën) permet à la fois de l’ancrer dans l’Histoire et dans le quotidien de la vie des enfants. Ce  cadeau d’anniversaire vivement convoité symbolise également l’amour entre Simon et ses parents. La grande tendresse des rapports familiaux est suggérée à travers de petits mots (mon knabélé) et de grands gestes à peine expliqués (Mutti le poussa d’un geste fort).

Jean-François Martin, dont nous avons déjà croisé des albums au Prix Versele (La Mémoire de l’éléphant, l’Inventeur), continue son exploration de l’Histoire et des dérives humaines : On doit faire avec l’Histoire, ne surtout pas l’oublier*. L’illustrateur, admirateur de la ligne claire, nous plonge en 1938 à travers ses images évoquant l’art de l’entre-deux-guerres. Les tonalités rouges, noires et bleues rendent les illustrations lumineuses, immédiatement lisibles mais également glaçantes quand elles évoquent l’esthétique des images de propagande. Les tons ocre rappellent le charme suranné des documents anciens.

Jean-François Martin multiplie les points de vue et ne donne pas plus de visages aux nazis que Françoise Legendre ne leur donne de noms. C’est la grande force de cet album : laisser toute sa place à l’implicite, le texte suivant le point de vue de l’enfant, sa découverte progressive des bouleversements de son quotidien sans les interpréter. C’est au lecteur de faire le travail de décryptage, de se documenter pour comprendre les non-dits. N’est-ce pas en suscitant les interrogations qu’on maintient la vigilance?

*In : La revue des livres pour enfants, n°266, septembre 2012

Vanessa Léva

 

 

 

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