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Le petit Guili / Mario Ramos – Pastel, 2013

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Dans un face à face inattendu, un duo se profile en couverture du dernier album de Mario Ramos : un petit oiseau candide posé effrontément sur le museau d’un lion couronné à l’air peu amène. Un album publié à titre posthume puisque l’auteur-illustrateur nous a quittés le 16 décembre dernier.

C’est l’histoire d’un roi oublieux de ses promesses, cruel jusqu’à l’absurde, ridiculisé par un petit oiseau épris de liberté. Difficile ici de ne pas identifier l’auteur à son héros. A l’instar de son créateur se qualifiant lui-même d’«optimiste désespéré», le petit Guili, révolté par la bêtise et la cruauté de ses pairs couronnés, choisit de s’envoler vers d’autres mondes, tandis que tout en bas, au fond de l’océan se prépare (peut-être) un autre combat…

Comme tous les livres de Mario Ramos, Le petit Guili se révèle à la fois évident et complexe, cachant derrière une apparente simplicité plusieurs niveaux de lecture. Une fois de plus, l’auteur engagé se fait le pourfendeur des méchants, le défenseur des petits, toujours soucieux de donner aux jeunes lecteurs la force et les moyens d’affronter les petits et grands tracas de la vie. Un texte écrit à hauteur d’enfant, l’incitant à s’affirmer, à ne pas avoir peur, à protester contre l’injustice, à bousculer l’ordre établi.

Tel Esope ou La Fontaine, Mario Ramos met en scène des animaux pour faire passer son message. Comme chez les fabulistes, la distance ainsi établie permet de mieux épingler nos travers humains. Le petit lion joyeux devient un être soucieux et cruel sous le poids de la couronne. Chaque animal coiffé de l’attribut royal montre la face la plus sombre de sa personnalité. Seul le petit Guili, qui a reçu tout l’amour du monde, y échappe. On retrouve les thèmes chers à l’artiste : le pouvoir et ses dérives, la guerre, la bêtise et la méchanceté mais aussi la capacité de s’étonner et de se révolter, l’amour et la liberté.

L’auteur joue avec les mots et les expressions dans un texte rimé qui invite à la lecture à voix haute. L’histoire est servie par une mise en page sobre, une absence quasi totale de décor centrant ainsi le regard sur les personnages. Le graphisme est reconnaissable entre tous : un dessin au trait sûr et nerveux, rehaussé de couleurs aux tons lumineux. Pour la première fois, l’artiste a recours à la technique du collage qu’il associe aux pastels et à la peinture. Quelques coups de pinceaux suffisent à dépeindre toute la violence de la guerre. L’illustrateur facétieux parsème son album de clins d’oeil à ses propres livres (Le petit roi Nuno ou ce sympathique oiseau rouge qui accompagne les aventures de son loup prétentieux). Dans le tempérament du héros, on retrouve aussi la spontanéité de l’enfant du conte d’Andersen, Les habits neufs de l’empereur. A épingler, un bel hommage rendu à son « maître » Tomi Ungerer et ses célèbres brigands.

Un livre empreint de gravité et de tristesse mais aussi d’humour et d’ironie, avec une fin ouverte et une chute malicieuse qui invite à sourire sans oublier de réfléchir.

En exergue de l’album, une phrase de Mark Twain en guise d’ultime message de l’auteur à ses lecteurs : «Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.» L’essentiel n’est-il pas de garder son âme d’enfant, de continuer à croire en ses rêves, tout en n’oubliant pas de laisser les petits quitter le nid sans leur couper les ailes ?

Catherine Hennebert, avec la complicité de Vanessa Léva

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